Gestion de crise en santé, opération pas à pas

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La gestion de crise dans l’aviation: les pilotes s’entraînent très régulièrement à y faire face bien qu’il soit très rare que cela se produise. Les hospitaliers, eux, ont rencontré des complications en permanence mais ne sont que rarement entraînés. Partant de ce constat, Jean-Christophe Cejka, instructeur au CLESS (Centre Lyonnais d’Enseignement par la Simulation en Santé) et anesthésiste aux Hospices Civils de Lyon, a créé un assistant digital pour gérer les situations de crise et limiter les erreurs humaines.

 

Une gestion qui peut éviter 70% des erreurs humaines

 

Chaque jour, nous faisons en moyenne 3 à 10 erreurs par heure, 40% de plus en situation de stress (Source : “Piloter la Sécurité”, R. Amalberti, Ed. Springer Verlag). Et dans le domaine de la santé, le stress est omniprésent et les conséquences des erreurs peuvent être lourdes. Pourtant, pendant longtemps, il n’y a pas eu de réelle prise en main de cette problématique. La médiatisation des accidents hospitaliers est venue changer la donne. Et depuis 2016, la SFAR (Société française d’Anesthésie et de Réanimation) notamment, recommande officiellement l’utilisation d’aides cognitives pour la gestion de crises au bloc opératoire ou en réanimation, et propose des fiches réflexes sur son site.

 

« Le stress n’engendre pas une perte de moyens mais plutôt une baisse de performance, constate Thomas Rimmelé, chef du service d’anesthésie-réanimation à l’hôpital Edouard Herriot de Lyon. L’idée de développer des aides cognitives pour mieux manager ces situations est tout à fait à propos ». Car jusqu’ici, ces aides avaient été disponibles dans les blocs via des classeurs à consulter sur place. « La consultation de ces protocoles ne fait pas partie de notre culture, il fallait trouver autre chose », rappelle Jean-Christophe Cejka.

 

Une “check-list” médicale pour éviter de nouvelles crises

 

D’où l’idée d’un outil digital, présent sur les smartphones et ordinateurs des médecins, accompagné d’intelligence artificielle pour insuffler un mode prédictif et réagir en fonction des risques. Selon le cas précis, un protocole est lancé, sous forme d’un enchaînement d’actions à réaliser, étape par étape. Prenons l’exemple d’un arrêt cardiaque au bloc. « En un clic, on renseigne l’origine de l’ACR : choc allergique, difficulté d’intubation, détresse respiratoire… », raconte Thomas Rimmelé. Ensuite, l’outil MAX déroule la liste des gestes à réaliser. Elle lance un chronomètre, indique quand choquer le patient, quand changer de masseur, rappelle de ne pas oublier la planche à masser, indique les posologies utiles… Le tout de manière vocale ou via des pop-ups.

 

« Ainsi, on n’est plus seul face à la situation, résume Thomas Rimmelé. Cela nous permet de ne pas oublier certaines étapes, et de les réaliser dans le bon ordre. Le patient est ainsi mieux réanimé et son devenir est meilleur ». Selon Medae, la startup fondée par Jean-Christophe Cejka, « c’est le premier outil qui améliore systématiquement le facteur humain, dans l’anticipation des problèmes, dans leur résolution et dans la gestion du leadership », affirme Christophe Cejka. 5 thèses et 3 publications (dont deux dans le “British journal of anaesthesia”) étayent ces constatations. Avec MAX, le taux d’erreur baisse en effet de 60%, les attendus techniques passent de 55% sans aide, à 80-90%. Et surtout MAX améliore les performances non techniques liées à la gestion de crise (responsables, quand elles sont défaillantes, de la quasi-totalité des événements graves).

 

La santé enfin éditée et paramétrée

 

A l’hôpital Édouard-Herriot, le service MAX a été offert aux intervenants des services d’anesthésie-réanimation et l’Université Claude Bernard Lyon-1, quant à elle, l’a offert à ses 5 000 étudiants en pharmacie, médecine, odontologie et maïeutique. Ces étudiants, comme tous les autres utilisateurs, ont la possibilité de paramétrer et de créer leurs propres protocoles. Une bibliothèque partage toutes les procédures. Aujourd’hui une cinquantaine, dont une quinzaine liées à la Covid. Elles ont pu être paramétrées, consultées en streaming ou offline, en mode simulation ou en réel.

 

Dans un but d’amélioration, il est également possible de faire remonter des informations en fin d’action. « Nous pouvons laisser des commentaires et comparer nos savoir-faire », indique Thomas Rimmelé.  L’intelligence artificielle interviendra alors pour analyser les résultats de chaque méthode et in fine, les procédures elles-mêmes. Plus il est utilisé, plus l’outil a progressé. Un cercle vertueux pour l’assistant cognitif, ses utilisateurs… et les patients.

 

Marion BOIS

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