La “Boîte à baffes” de la radioprotection

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En 2018, la retranscription dans le droit national de la directive Euratom en matière de radioprotection a mis l’accent sur la prévention des risques. Le secteur de la santé n’échappe pas à la règle. Pour les chargés de la radioprotection, la tâche est ardue. Le recours à des outils de gestion et de suivi s’avère nécessaire pour plus d’efficience dans leur mission. 

Sortir d’une gestion « artisanale »

Dans les établissements de santé, les CR (Conseillers Radioprotection) ont des missions multiples. Elles doivent suivre les sources de rayonnements ionisants, éviter les risques de rejets de radioactivité dans l’environnement et suivre les travailleurs exposés. C’est là une des responsabilités les plus lourdes.

Il faut en effet les identifier, estimer les dosimétries, suivre celles-ci, former le personnel… « Jusqu’ici nous travaillions par connaissance, se souvient Hervé Menanteau, manipulateur et CR au CHU d’Angers. Nous faisions le relais sur le terrain pour savoir qui était présent chaque jour et allait être exposé. Nous n’avions pas d’outil spécifique, tout se faisait sur Excel, de manière très artisanale ».

Le CHU d’Angers dispose de 61 générateurs de rayons X et 714 agents sont susceptibles d’être exposés et donc suivis. Le risque d’erreur est élevé. « D’autant que la radioprotection est une fonction, et non un métier », précise Francis Bouchet, physicien médical et coordinateur de l’unité de physique médicale et de radioprotection. Bien souvent, les CR sont détachés à cette tâche 1 à 3 jours par semaine uniquement, rendant le suivi difficile. 

Un outil de pilotage, véritable « boîte à baffes » 

Pour ces raisons, l’établissement a cherché un outil « intuitif, qui gère l’intégralité des données ». C’est donc la société ABGX qui a conquis les équipes. Cette solution croise et regroupe les données. « Un gros travail a été fait pour mettre en concordance les informations des ressources humaines et les affaires médicales », se souvient Hervé Menanteau.

Le résultat ? Un listing complet des agents exposés avec leurs formations, leur évaluation individuelle préalable, leurs habilitations, leurs visites médicales, les doses qu’ils ont reçues, les dépassements de seuil etc. « Le logiciel manipule de nombreuses bases de données et fait la passerelle entre elles », résume Francis Bouchet. 

Et pour être pertinent, les informations sont présentées très explicitement. « C’est un peu notre “Boîte à baffes”, comme dans le film “Les Sous-doués”, s’amuse Thomas Lamy, président et fondateur d’ABGX. Notre outil de pilotage présente des pictogrammes par couleurs, afin de définir le niveau de dangerosité des situations individuelles ». 

Mojito, Irish coffee et Bloody Mary

« Cet outil professionnalise la radioprotection, apprécie Francis Bouchet. Il nous permet d’être à jour en permanence et, quand l’ASN (Autorité de Sûreté Nucléaire) nous demande des bilans d’analyse des risques, nous pouvons actualiser facilement ces documents ». 

D’autant que la solution évolue constamment. Récemment, des modules complémentaires ont été installés : gestion des générateurs, collecte dans des environnements hétérogènes, formations en ligne, contrôle en temps réel sur tablette… « L’agilité est une réelle caractéristique de notre identité, affirme Thomas Lamy. L’idée pour nous n’est pas de créer un outil puis de trouver un marché, c’est vraiment de s’adapter au plus près des besoins métiers ».

L’aboutissement de ce principe est la “roadmap”. « Les clients peuvent consulter la liste des prochaines évolutions, détaille Alexis Viey, directeur de l’innovation et des relations extérieures chez ABGX. Ils peuvent ainsi les valider et préciser leurs éventuelles demandes ». Les mises à jour sont donc très régulières et portent des noms évocateurs tels que Mojito, Irish coffee ou Bloody Mary, dans un esprit « sérieux mais décontracté ».

Prochaine étape très attendue par le CHU d’Angers : une version avec de nouvelles fonctionnalités concernant  l’analyse des risques. Ce module visera à déterminer plus précisément l’évaluation préalable d’exposition des agents. Son développement est en cours, ne reste plus qu’à lui trouver un nom de cocktail….

Marion BOIS

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