VR et chirurgie, un intérêt en cours d’étude

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Intérêt de la VR sur la chirurgie : une étude est en cours

Aujourd’hui, la réalité virtuelle (ou Virtual Reality, VR) s’invite dans de nombreux domaines et parmi eux, la chirurgie (voir également « Apprentissage chirurgical via la réalité virtuelle : « le Graal » pour les chirurgiens). Si beaucoup de professionnels y voient un certain progrès, aucune étude n’est venue étayer ce sentiment. Depuis janvier 2018, une étude préliminaire est en cours pour évaluer l’impact de la simulation sur l’apprenant et sa pratique. Elle est menée par le Docteur Guillaume Pourcher, chirurgien digestif, responsable du centre de prise en charge de l’obésité à l’Institut Mutualiste de Montsouris (Paris).

LA SIMULATION PAR VR POUR PALLIER LE MANQUE DE PRATIQUE DES INTERNES

L’obésité, une véritable « pandémie et un des derniers tabous de nos sociétés» selon Guillaume Pourcher. « La chirurgie de l’obésité permet d’obtenir jusqu’à 62% de réduction de la mortalité à 7 ans post opératoire. Malgré cela ce traitement, même en France, n’est réalisé que chez 5% des patients qui en ont besoin. En parallèle, il y a un besoin urgent de former un grand nombre de chirurgiens en peu de temps sur ces problématiques au niveau national et même au niveau mondial ».

En termes d’apprentissage, les difficultés sont comparables à celle de l’aviation : risques importants, procédures complexes, prise de décision rapide, instruments évoluant rapidement… « Pourtant, là où l’usage du simulateur est adapté et très répandu pour l’aviation, nous avons finalement peu d’outils adéquats pour nous former aux gestes chirurgicaux ». Au cours de sa formation, un interne n’a que peu d’occasions d’être positionné en tant qu’opérateur. « Et aujourd’hui il n’est plus acceptable de « s’entraîner » sur les malades ».

Pour ces raisons, la réalité virtuelle a fait son entrée dans la formation chirurgicale. Et Guillaume Pourcher a choisi d’y recourir sur l’opération la plus réalisée au monde dans cette maladie, la sleeve gastrectomie qu’il réalise par une voie moins invasive : le monotrocat (opération coelioscopique avec une seule petite incision dans le nombril). Cette opération est complexe car tous les instruments sont introduits dans le même orifice, avec des problèmes de conflit et l’espace dans lequel le chirurgien travaille en intra péritonéal est réduit.

Pour se former, la VR présente donc de nombreux avantages. « Avec un casque de VR, développé par une start-up française, Virtualisurg, il est possible pour l’apprenant d’avoir une vision d’ensemble du champ, de travailler avec ses instruments chirurgicaux à la main et de répéter, autant de fois que nécessaire l’opération, afin d’aller plus loin dans l’enseignement ». L’environnement est par ailleurs primordial. La VR anticipe la déformation de l’estomac, reproduit les bruits, les saignements et il est même envisageable d’ajouter des anomalies en cours d’opération.

UNE DIMINUTION SIGNIFICATIVE DE LA CHARGE MENTALE

 

Grâce à un tel réalisme, une amélioration de la formation était déjà prévisible. La pyramide de l’apprentissage (voir ci-contre), développée par les National training Laboratories du Maine (USA), le démontre : 75% des notions inculquées par la pratique sont assimilées, contrairement à d’autres méthodes (lecture, vidéos, discussion etc). Mais jusque-là, aucune étude ne démontrait l’efficacité de la VR. Le travail d’évaluation lancé par Guillaume Pourcher consiste en une étude comparative de groupes, avec ou sans sessions VR sur simulateur. Des étudiants pratiquent en réel une première fois la partie la plus délicate de l’opération sous le contrôle d’un senior. Durant les deux mois qui suivent, seule la moitié des étudiants s’entraîne en VR. A l’issue de ces deux mois, chacun réalise de nouveau l’opération et est soumis à divers questionnaires.

« Nous évaluons leur stress via les échelles utilisées pour les astronautes de la NASA. Par ailleurs, nous suivons leur rythme cardiaque et étudions par vidéo le mouvement de leurs mains et de leur tête ainsi que leurs prises de décision », détaille Guillaume Pourcher. L’analyse complète des données est en cours mais d’ores et déjà, il apparaît qu’il y a « une diminution significative de la charge mentale, de l’effort physique et du stress des internes préparés par VR ». La technique serait donc prometteuse pour la formation chirurgicale. Guillaume Pourcher voit d’ailleurs encore plus loin et anticipe la combinaison de la réalité virtuelle et de la réalité immersive, pour un apprentissage toujours plus éclectique.

Marion BOIS

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