L'interopérabilité ou comment s'affranchir du silo pour se rapprocher du patient

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Yann de Cambourg, Partner at Synodis.

Le credo de l’Interopérabilité : développer l’approche systémique pour sortir de la pensée en silo
La recherche de l’efficacité technique entraîne la spécialisation sur un domaine donné et avec elle, l’avènement du travail en silo.
Or l’efficience se définit par la combinaison de l’efficacité technique et de l’efficacité systémique. Elle joue sur trois leviers :

  • Une (bonne) vision d’ensemble,
  • La juste coordination des actions,
  • La communication des informations nécessaire au moment adéquat.

La complexité et la variabilité des processus de prise en charge, la volumétrie des informations à échanger impliquent le recours au système d’information, aux applications informatisées et à leur interopérabilité.
Combiner technologie et approche systémique permet de décloisonner les hommes, les systèmes et l’information.
Dossier patient informatisé, interopérabilité et gestion dynamique de projet
Un projet de dossier patient informatisé (DPI) dans l’hôpital représente aujourd’hui une opportunité : celle de se plonger dans l’organisation actuelle et ses éventuels dysfonctionnements pour se projeter dans le fonctionnement futur. C’est une occasion rare sinon unique de concilier une approche systémique et la technicité du système d’information, de remodeler le fonctionnement de l’organisation complexe qu’est l’hôpital : son environnement interne, ses relations avec le secteur médico-social, le réseau ville-hôpital.
L’approche systémique nécessite de s’affranchir de l’organisation actuelle pour revisiter le processus global : la prise en charge du patient. Ce processus tend à s’étendre et repositionne l’hôpital comme une simple étape de la vie (sociale, médicale) du patient. Mais comment l’optimiser ?
D’abord reculer, prendre du large, et soigner la maladie du silo
Décloisonner, revenir au cœur de métier, fluidifier. Sortir du mode en silo, c’est prendre le temps d’une analyse globale du parcours patient et questionner chaque étape de la prise en charge du patient pour chaque parcours. C’est progressivement faire tomber les digues pour parvenir à une organisation ouverte et mature, communicante, capable de concevoir que la prise en charge nécessite la coordination, la coopération des professionnels en bonne intelligence.
Puis utiliser la technologie pour fluidifier, partager, transmettre et sécuriser.
A ce jour, aucun établissement n’est totalement équipé d’un unique ERP. Il subsiste toujours un dossier de spécialité, une application métier avec laquelle il faut dialoguer. De ce fait, la couverture applicative devient de prime abord un patchwork : l’interopérabilité serait donc la clé ?
Elle est incontournable, mais nécessite une vision d’ensemble, une capacité à piloter les éditeurs et à maintenir une dynamique projet continue. Une interface est un projet dans un projet plus vaste : elle fait intervenir des acteurs externes, les éditeurs, et des acteurs métiers, les utilisateurs des applications à interconnecter. L’enjeu consiste à traduire les besoins et contraintes des métiers au mieux, pour assurer le respect de la réglementation et la fluidité des échanges. C’est de fait la première étape du décloisonnement des métiers. De par la multiplicité des outils, les utilisateurs peuvent avoir à travailler sur plusieurs logiciels et systèmes en parallèle : mettre en place des workflow inter-applicatifs souples est une nécessité comblée par la construction d’un socle d’interopérabilité.
Enfin, s’appuyer sur une gestion dynamique de projet : l’immobilisme tue les grands projets
Par leur impact sur le cœur de métier (la prise en charge des patients) et la grande majorité des acteurs d’un établissement, les projets de Systèmes d’Information, de DPI sont de grands projets.
Rendre le projet de DPI agile et dynamique, en concentrant l’énergie du groupe projet sur l’essentiel : les fonctionnalités clés et les interfaces nécessaires. L’objectif est que l’information attendue soit disponible au bon moment pour le bon acteur. Une grande partie de la réussite repose sur l’agilité du groupe projet, qui compensera par sa souplesse la rigidité des éditeurs ou de leurs solutions. La subtilité de la démarche réside dans la capacité à passer très rapidement du macro-processus à la donnée, et vice-versa. L’orchestration des actions humaines et systèmes est un point majeur de l’évolution du secteur hospitalier. Ces actions se traduisent par exemple dans la prescription connectée, où le process est multi-acteurs (praticiens, infirmiers/ères et biologistes). Les actions des utilisateurs sont ensuite mises en musique par le système de workflow défini entre le DPI (Dossier Patient Informatisé) et le SGL (Système de Gestion de Laboratoire). C’est l’interconnexion intelligente hommes-machines qui permet d’implémenter ce type de fonctionnalités.
Ces projets restent rares et leur durée d’au moins 24 mois en font des expériences souvent uniques pour les équipes informatiques et a fortiori pour les équipes métiers des établissements de santé. Une période d’apprentissage est nécessaire, utile autant à l’appréhension de la notion de projet informatique et métier qu’à l’apprentissage du nouvel outil, de son paramétrage, du fonctionnement de l’éditeur, etc…
Les chances de réussite augmentent avec la constitution d’un véritable groupe projet, complètement transverse, réunissant des acteurs des métiers impliqués dans le SI. Outre la « culture projet », qui nécessite de s’affranchir des barrières hiérarchiques habituelles, le groupe devra accepter la transversalité des sujets, traiter des problématiques sans tenir compte des cloisonnements, et décider.
La dynamique d’ensemble repose sur cette capacité à choisir, à renoncer, pour avancer.
Recréer le lien entre les professionnels autour du patient.
Le praticien : un pont entre l’Hôpital et le monde extérieur. En relation avec la médecine de ville (prescripteur de patient), avec les laboratoires (analyses, études, recherche), et ses pairs (recherches, publications,…).
Aujourd’hui, le fossé qui sépare la ville de l’hôpital se comble, en partie du fait de l’évolution vers une prise en charge ambulatoire. Cette évolution est en réalité une mutation profonde du rôle de l’établissement de santé, qui passe de curatif à une simple étape du parcours de vie. Le praticien est positionné en coordinateur du parcours, mais c’est en réalité une chaîne de praticiens qui est mobilisée pour prendre en charge le patient. Le généraliste en ville, le spécialiste en ville ou à l’hôpital jouent chacun à leur tour un rôle de chef d’orchestre, mobilisant d’autres acteurs par leur prescription. Le patient se transforme en messager (porteur de la prescription) de la demande, mais n’est informé que du résultat (le plus souvent directement envoyé au praticien), sans plus de détails.
Quel est le rôle du patient, dans le cadre de sa prise en charge médicale ? En dehors de son rôle de patient (passif ?), il devient acteur (en tout cas, il se documente et consulte parfois plusieurs spécialistes différents). L’une des illustrations de l’évolution du rôle du patient est la coordination structurée du Dossier Commun de Cancérologie pour la prise en charge du Cancer. Dans ce contexte, à partir de l’annonce de la maladie, le patient se voit présenter un plan personnalisé de soin qu’il peut faire évoluer ! Ce sont là les prémisses d’une modification profonde du rôle du patient, qui avec l’appui et le conseil du praticien peut devenir acteur de sa propre prise en charge. En 2016, un praticien pourra prescrire du sport à un patient. D’apparence anodine, cette prescription est une révolution : d’une part elle rend le patient acteur, d’autre part elle ouvre la question de la collecte des informations d’activité sportive, nécessaire pour bien suivre le patient. Avec l’extension de son parcours au-delà des frontières de l’hôpital, la relation patient-praticien ne sera maintenue que par la mise en œuvre d’un maillage des praticiens au sein duquel le patient progresse, échangeant toute l’information utile et nécessaire avec chaque « nœud », chaque praticien.
C’est encore grâce à l’interopérabilité, à l’échange structuré, sécurisé et maîtrisé des données, que le parcours patient de la ville à l’hôpital, pour des séjours courts ou longs, sera assumé au meilleur niveau de prise en charge médicale et sociale. Autant de parcours, autant de workflows à définir et maîtriser, pour une prise en charge globale du patient en relation constante avec son médecin traitant et les spécialistes nécessaires.
Demain, une informatique sanitaire connectée au plus proche du patient
Les patients souffrant d’une affection longue durée (ALD) permettent de bien saisir la notion de continuité : leur pathologie n’implique pas de très longs séjours à l’hôpital, mais un suivi s’inscrivant dans le temps, sur une partie de leur vie. Leur prise en charge est médicale, éducative pour la thérapie et la prévention, et sociale : le rôle du praticien change, pour passer du curateur à l’accompagnateur. L’opportunité, c’est collecter des informations de vie courante, médicales ou à usage médical alors que ni le soignant ni le médecin ne sont sollicités. Le traitement en masse de ces informations permettra sinon de mieux traiter le patient, d’éclairer le déclenchement des crises, puis de les anticiper.
Comme évoqué plus haut, le secteur sanitaire est en pleine disruption. Les coûts toujours plus important du système de santé nécessitent de basculer d’un système curatif à un système préventif. L’hôpital, et l’ensemble du maillage médical, doit donc s’adapter à cette logique. Mieux soigner, devient mieux prévenir, mieux suivre pendant et après l’épisode aigu et donc maîtriser de nouvelles données captées directement du patient et de son environnement. Progressivement, le patient passif devient acteur ; maître de ses données, il va pouvoir les dispenser pour mieux se prendre en charge. Il restera néanmoins nécessaire d’assurer l’échange de ces données de façon intègre, exhaustive et sécurisée, conformément aux standards existants dans le domaine de la santé.
Les facteurs d’amélioration vont se porter dans les années qui viennent sur le patrimoine génétique et le mode de vie. Cela implique de capter de plus en plus d’informations du patient et intégrer ces informations dans le circuit de prise en charge pour créer un parcours de vie. L’interopérabilité reste encore une fois au cœur de ce système car capter implique de gérer différents formats à faire communiquer, de manière sécurisée. Il est nécessaire ensuite de transformer ces informations en actions, actions qui se combinent aux actions humaines ; donc orchestrer une fois encore les actions humaines et systémiques.

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