Le GHT vu d’un bon œil : Interview de M.Jérémie Sécher, Président du SMPS

0
773

jeremie-seche « Les GHT vont bouleverser non seulement les fonctions, mais aussi les situations professionnelles individuelles… » Jérémie SECHER ,  Président du SMPS
Questions :
SIH-Solutions: Le  GHT semble garantir une égalité d’accès à des soins sécurisés et de qualité  Les directeurs d’établissements se révèlent à la fois intéressés et réservés : Quelles sont les réserves ? 
Depuis le départ, le SMPS a soutenu le principe des GHT, y compris dans son caractère obligatoire, pour faire avancer la stratégie de groupe publique à laquelle nous sommes très attachés.
Sur la volonté de garantir l’égalité d’accès aux soins de qualité et sécurisés – pour reprendre votre expression – sur le territoire, il est évident que nous souscrivons à l’objectif. Et nous faisons même bien davantage qu’y souscrire, puisque les directeurs, les ingénieurs et les cadres déploient au quotidien une énergie considérable, sur le terrain, pour garantir concrètement cette égalité, en travaillant notamment aux mutualisations des moyens et à l’émergence de synergies professionnelles entre établissements sur les territoires. Ce sont eux également qui exercent sur des périmètres géographiques de plus en plus importants. Cela se traduit par des temps de transport et des charges de travail de plus en plus lourds. Certains directeurs par exemple, même s’ils ne sont pas les seuls professionnels touchés, assurent de front une direction commune sur 3 ou 4 établissements différents avec parfois un intérim de direction sur un cinquième. Cela représente autant de règles de fonctionnement, d’interlocuteurs, d’instances différentes à assurer en parallèle, en plus des trajets supplémentaires et de l’augmentation des périmètres des gardes de direction. Ces dernières peuvent finir par ressembler à des semaines de travail sans interruption soir ou week-end. Notre volonté n’est pas de dénoncer les évolutions dues aux nécessaires recompositions territoriales, elle est simplement de montrer ce qu’est la réalité hospitalière. Les GHT sont certes un moyen intéressant de relancer la stratégie de groupe publique, mais concrètement ce sont des hommes et des femmes, directeurs, cadres ou médecins, qui continueront à se déployer toujours davantage pour couvrir l’ensemble du territoire national. En tant que représentants de ces professionnels, nous ne pouvons pas l’oublier.
Le SMPS souhaite donc que, dans ce cadre, une plus grande considération et une véritable ambition pour le management soit portées par les pouvoirs publics. Or, les directeurs, ingénieurs et cadres ne sont jamais évoqués et cela n’est pas acceptable.
Parce les objectifs que nous portons sont ceux de la subsidiarité et la simplification de l’action publique, le SMPS demande parallèlement la plus grande souplesse dans l’organisation et la gouvernance de l’établissement-support. L’adaptation des GHT aux organisations et aux besoins des territoires de santé est primordiale afin que la disposition ne se révèle pas bloquante.
SIH-Solutions : La mise en place des GHT  va profondément modifier l’exercice du métier des directeurs et cadres de service  qui devront endosser des responsabilités territoriales. Cela va vraisemblablement se traduire par des responsabilités accrues :
Question : Faut-il réviser le régime indemnitaire des directeurs ?
La question, plus largement, est celle de la reconnaissance et de la valorisation de ces nouvelles responsabilités des directeurs, ingénieurs et cadres. C’est aussi celle des nouveaux métiers qui vont émerger et de ceux qui vont profondément évoluer, voire disparaître. Les GHT vont bouleverser non seulement les fonctions, mais aussi les situations professionnelles individuelles, avec de nombreux collègues qui travailleront à l’émergence de nouvelles structures dans lesquelles ils n’auront parfois plus tout à fait leur place in fine. Le risque de l’absence de vision sur ces sujets, c’est la perte des repères et des motivations à agir pour les professionnels concernés. Même le plus désintéressé des individus ne trouvera pas de rationalité à déployer des efforts incroyables qui aboutiront à lui faire perdre de l’intérêt professionnel, du revenu, voire son poste tout court !
Ces questions aujourd’hui ne trouvent pas de réponses, ni dans les discours ni dans les actes.
Pour le SMPS, les directeurs, ingénieurs et cadres ont participé fortement à la politique de réduction des dépenses publiques ces dernières années. Ils ont compensé ses conséquences en assumant de nombreux intérims et directions communes sur les territoires. La démographie des corps de direction est fortement décroissanteet l’on constate une tension importante dans le recrutement et la fidélisation de l’encadrement. Dans ce contexte, les évolutions statutaires, et notamment indemnitaires dans la prise en compte aujourd’hui très insuffisante des exercices territoriaux, ne sont qu’un investissement nécessaire et autofinancé pour attirer et conserver  les meilleures compétences dans les fonctions d’ingénierie, d’encadrement et de direction dont notre système de santé a plus que jamais besoin.
En conclusion, je voudrais dire simplement que le rôle du management sera déterminant pour porter ce nouveau changement auprès de communautés hospitalières qui sont en forte attente de sens pour mener leur action quotidienne, même si elles sont parfois abasourdies par la somme de plans d’économies qui leur sont proposés depuis tant d’années. Il est de la responsabilité des pouvoirs publics de comprendre ce message que nous leur adressons pour que cette nouvelle réforme soit un succès au service de l’amélioration de notre système de santé.

Laisser un commentaire