Une étude scientifique autour de la simulation procédurale

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Pour répondre à ses besoins de formation aux actes techniques, le CHU de Rennes s’est doté de deux simulateurs ArthroS de la société VirtaMed. Si l’outil répond à de forts besoins d’enseignement, le professeur Hervé Thomazeau, chef du service d’orthopédie et de traumatologie, met en garde sur la nécessité d’évaluer ces nouvelles pratiques permises par la simulation. 

De forts besoins en enseignement

Dans le service d’orthopédie et de traumatologie du CHU de Rennes, chaque jour, 11 internes et 8 assistants sont présents. Ceux-ci doivent pratiquer des soins, mais également compléter leur enseignement, notamment pour cette spécialité qui requiert un long apprentissage. « Elle est de très loin celle qui nécessite la maîtrise du plus grand nombre d’actes techniques (plus de 300 différents), décrit le Pr Hervé Thomazeau, chef du service. Le futur chirurgien doit savoir opérer le corps humain des vertèbres du cou, jusqu’au petit orteil en passant par les mains, la colonne lombaire, les hanches… Par ailleurs, il doit apprendre à la fois le “ciel ouvert” et l’endoscopie, dont les gestuelles sont très différentes ». Le service s’est donc doté de deux simulateurs ArthroS de la société VirtaMed, pour les techniques arthroscopiques de base, en phase dite « socle » de la formation des internes. Les étudiants disposent d’instruments connectés et d’un tronçon de mannequin pour réaliser différentes actions : déplacement dans l’articulation, mise en concordance des instruments et exercices spécifiques (reconnaissance de ce qui apparaît à l’écran, ablation d’un corps étranger, d’un ménisque …). La reproduction de l’environnement est réaliste pour une simple raison : « la réalité virtuelle (ou VR pour “Virtual Reality”) produite par un simulateur arthroscopique est visualisée sur un écran 2D, comme l’écran que regarde le chirurgien lors d’une intervention réelle. L’environnement est donc le même et facilement transposable de la VR vers le vivant et l’inverse ». Et côté sensations, les recherches en haptique (étude scientifique du toucher) ont abouti à « un retour de force proche du réel ». 

Suivi de la progression et modularité

Les bénéfices sont nombreux pour les équipes. En termes logistiques, la machine est mise en route très rapidement et peut donc être utilisée régulièrement : de 9 à 10 heures par interne sur un semestre de formation, ce qui est considérable. « L’interne peut s’entraîner dans un contexte apaisé, sans stress, et peut répéter les exercices autant de fois que nécessaire (parfois sans l’évaluateur, dans ces phases de répétition) ». Il est par ailleurs possible d’enregistrer tous les mouvements réalisés par l’interne pour évaluer sa progression (le geste est-il mieux réalisé ? Plus vite ? Plus précisément ?) et juger de sa maturité sur tel ou tel geste. 

De plus, l’outil est modulable car en ajoutant un nouveau logiciel et en changeant le tronçon de mannequin utilisé, il peut servir pour d’autres pratiques. « Nous partageons ainsi l’un des simulateurs avec le service de gynécologie », précise le professeur. Une modularité rendue possible par la volonté de VirtaMed d’adapter ses contenus pédagogiques aux besoins.

Une évaluation pour éviter les dérives 

Et l’attention de VirtaMed aux besoins de ses utilisateurs va plus loin. « Nous avons également choisi cette société car elle a accepté le challenge que nous lui proposions, insiste le professeur. Selon nous, simulation VR et recherche pédagogique doivent être couplées. Les simulateurs VR doivent encore prouver leur fiabilité et leur performance avant d’étendre leur utilisation à d’autres domaines de la spécialité (VR 3D pour le “ciel ouvert”). Ils doivent démontrer qu’ils font au moins aussi bien que les autres procédés de simulation, notamment sur sujets cadavériques (qui restent le « gold standard ») ». Le CHU de Rennes et la Faculté de médecine de Rennes ont ainsi lancé une évaluation scientifique en collaboration avec le laboratoire MediCIS LTSI du Pr Jannin, acceptée par VirtaMed. L’idée sous-jacente est d’éviter « une dérive de l’utilisation de ces simulateurs pour des objectifs mercantiles ou de promotion, du fait de leur caractère spectaculaire », précise Pr Hervé Thomazeau. 

Dans l’attente, l’impression est plutôt bonne. « Nous constatons une acquisition plus rapide de la triangulation, notamment lors d’exercices ultérieurs sur sujets cadavériques ». Mais cela reste à valider scientifiquement. Et en cas de confirmation de ce sentiment par l’étude en cours, le professeur n’exclut pas la possibilité d’utiliser cette technologie pour du développement professionnel continu. Une sorte de remise à niveau régulière des chirurgiens qui pourrait servir la spécialité dans les prochaines années. 

Marion BOIS

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