Numérique : l’opportunité d’une structure pour la pharmacie clinique

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Rémy Collomb, Pharmacien gérant CHU Nice et membre de la SFPC

Depuis près de 40 ans, la SFPC (Société Française de Pharmacie Clinique) œuvre à la promotion et à la formation en matière de pharmacie clinique. Face à un changement de paradigme et à la mise à disposition des nouvelles technologies en santé, l’intervention d’un groupe de travail permet à la profession de passer de nouvelles étapes dans l’ère du numérique.

 

UN GROUPE DE TRAVAIL POUR DES ENJEUX EN MUTATION

Avec l’informatisation des prescriptions et des dossiers patients, la pharmacie clinique est passée dans une autre dimension : celle de l’e-Pharmacie. A l’instar de la médecine, de nombreux éléments accélèrent cette transition.

Au premier rang de ceux-ci, figurent les télésoins pharmaceutiques. Les nouveaux enjeux sont nombreux : adaptation de la prise en charge du patient, lien avec les pharmaciens d’officine, continuité ville-hôpital… L’arrivée des objets connectés a également bouleversé la profession. La télésurveillance du diabète, de l’asthme ou encore de l’insuffisance cardiaque engendre de nouvelles pratiques. Pour optimiser ce suivi, le pharmacien doit avoir accès facilement aux données du patient pour adapter éventuellement son traitement et lui apporter le conseil le plus pertinent possible.

Enfin, l’Intelligence Artificielle fait son entrée depuis quelques années dans le quotidien de la profession. Cantonnés jusqu’à récemment à la posologie, les algorithmes d’aide à la décision clinique apportent désormais des indications précieuses aux professionnels et les aident à organiser leur flux de travail. Ils permettent de rassembler un grand nombre de données autour du patient visant à mieux définir leur risque iatrogénique respectif en fonction des médicaments et de leur profil. Cela suppose néanmoins en amont, une parfaite définition et une optimisation des règles correspondantes.

Devant tous ces défis, la SFPC a mis en place en 2018 un nouveau groupe de travail intitulé : « ePharmacie clinique » en charge notamment des questions sur l’IA et les algorithmes. C’est Dr Rémy Collomp qui le pilote. Le but est double : proposer une orientation stratégique de la SFPC dans ce domaine à forts enjeux (intégration dans les pratiques, coopérations, plans d’actions à court et moyen terme…) et travailler sur des outils à élaborer (algorithmes, applications, logiciels).

 

UN CONSORTIUM POUR AUGMENTER LA FORCE DE FRAPPE

Moins de deux ans après la création du GT ePharmacie Clinique, un consortium a vu le jour. Il regroupe les acteurs principaux de la discipline : la SFPC, la SFPO (Société Française de Pharmacie oncologique), le Centre National Hospitalier d’Information sur le Médicament (CNHIM) et l’ANEPC (Association Nationale des Enseignants de Pharmacie Clinique). Le Consortium travaille aussi de manière étroite avec l’Ordre des pharmaciens. « Il nous fallait nous regrouper pour avoir plus de poids et bénéficier de l’intelligence collective indispensable dans ce domaine, fait remarquer Rémy Collomp. Nous avons en effet pris un certain retard dans la transition numérique, par rapport à la médecine notamment. »

Pour autant, l’intérêt de la profession pour le numérique n’est plus à démontrer. La plupart des établissements travaillent déjà depuis plusieurs années sur des projets avancés en IA, en télésoins ou sur les objets connectés. Lors des congrès de la SFPC, les sessions proposées sur cette thématique remportent un grand succès. « Nous étions également largement sollicités par les éditeurs «classiques» et de plus en plus par des start-up, qui représentent pour nous de nouveaux interlocuteurs. Nous devions donc atteindre une masse critique pour gagner en lisibilité et pouvoir apposer notre «label» : une vision commune et des retours d’expériences sur les divers projets engagés. »

Avec l’émergence du dossier patient unique, l’arrivée d’outils moins onéreux sur le marché et le déploiement de la pharmacie clinique, « il y a un faisceau concordant », souligne Rémy Collomp, bien décidé à ne pas laisser passer l’opportunité.

 

PHARMLABS, UN PAS DE PLUS POUR L’IA PHARMACEUTIQUE

En termes d’IA, la pharmacie présente deux avantages : son aspect transversal (elle inclut tous les patients, sur l’ensemble de leur parcours) et dispose de données relativement bien structurées. L’intelligence artificielle a donc beaucoup à apporter à cette discipline. Bien souvent, « ce sont des sociétés externes qui mettent en place sur le plan technique les algorithmes d’aide à la décision car les SI des établissements ne sont pas en mesure de le faire. Mais il manque un apport d’expertise métier dans ce développement. C’est justement le rôle du pharmacien », affirme le pilote du groupe « ePharmacie clinique ».

L’objectif du consortium est ainsi d’aider à l’élaboration de règles communes et à transformer ces règles littéraires en règles numériques, transposables dans un logiciel, « pour éviter que chacun reparte de zéro à chaque fois ». Pour ce faire, le «concept» Pharmlabs basé sur le principe de communauté de pratiques a vu le jour. « Quand un pharmacien estime qu’il a identifié une règle de validation suffisamment solide, il peut établir une fiche afin de la rendre visible au sein de son établissement. S’il juge que cette règle requiert une valorisation particulière, il peut demander à lui faire passer une étape supérieure ».

La règle est alors étudiée en comité de relecture pour la rendre accessible aux autres établissements. « Elle sera validée au niveau national. Cela fait gagner un temps précieux aux pharmaciens et contribue à l’augmentation de la qualité des règles et donc à l’approbation de ces règles par les médecins. » Ces règles une fois validées peuvent ensuite être codées et intégrées aux SI des divers établissements.

Un cercle vertueux qui est désormais en cours d’évaluation. Un programme de recherche sur la performance du système des soins (PREPS) piloté par le CHU de Lille est en effet lancé pour évaluer de manière plus large la capacité de ces SADM (systèmes d’aide à la décision médicale) à déclencher des interventions pharmaceutiques pertinentes. Nul doute que les résultats de cette étude seront scrutés par la profession.

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Marion BOIS

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