Le logiciel libre, l'avenir de l'informatique ?

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Albert Phelipot, Network & System Administrator, Free Software Consultant.

Etant, comme Obélix, tombé dans le chaudron au siècle dernier après un échange avec Richard Stallman, le logiciel libre est porteur de potentialités qui nous amènent à penser que le logiciel propriétaire a vécu son âge d’or et qu’il va progressivement céder sa place.

Plusieurs arguments nous portent à le croire :

ACCÈS AU CODE SOURCE

Pas un jour ne passe sans que l’on entende parler d’intrusion de système informatique par des pirates. L’accès au code source permet d’une part, de s’assurer que le programme fait uniquement ce qu’on lui demande de faire – sans ajouter de fonctionnalités indésirables – et d’autre part de vérifier la qualité du code pour le corriger et/ou pour l’optimiser.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, connaître le code source n’affaiblit pas la sécurité.

LICENCES GPL ET ASSIMILÉES

Vous pouvez redistribuer les logiciels, les modifier, même vendre le service associé. Vous pouvez l’utiliser en l’installant sur autant de machines que vous le souhaitez. A contrario, cela est impossible avec les licences propriétaires.

En fournissant gratuitement ses logiciels à l’utilisateur final (le coût étant supporté par des tiers), Google a contribué à générer une société du « tout gratuit ». Même si le gratuit propriétaire implique que quelqu’un, dans la chaîne, paie.

La mise à jour vers Windows 10 est gratuite : c’est du jamais vu. Vos données personnelles sont la monnaie d’échange.

Il devient difficile de faire payer les utilisateurs car ils sont désormais accoûtumés à cette gratuité de service.

SUPPORT COMMUNAUTAIRE

Le support est assuré par les différentes communautés de logiciels, voire directement par l’équipe de développement au travers de sites spécialisés ou de forums portant sur des projets.

Les problèmes les plus courants font certainement déjà l’objet d’une solution documentée, accessible aux utilisateurs.

Les distributions payantes comme Red Hat, par exemple, proposent un support professionnel à l’image de ce qui est pratiqué dans le monde propriétaire.

SUPPORT MATÉRIEL

Au début des années 2000, l’argument le plus souvent opposé à GNU/Linux était le mauvais support du matériel. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, à de rares exceptions près – les industriels perdent toujours des clients sur plusieurs années lorsque leur nom apparaît sur des « blacklists » communautaires -.

La plupart du temps, il n’y a pas de drivers à installer : le kernel reconnaît automatiquement les périphériques. Le seul bémol concerne les matériels plus récents, pour lesquels la communauté n’a pas encore écrit les drivers.

Avec Windows, quelques curiosités comme les « Windows Phones » ne sont pas reconnues sous windows 7.

GUI OR NOT GUI

Aux non-initiés, la légende fait croire que GNU/Linux correspond à un terminal avec d’indigestes lignes de commandes. Cela est à la fois vrai et faux : le terminal permet l’administration à distance et il est souvent bien plus puissant que les interfaces graphiques qui peuvent s’ajouter en couches supplémentaires, dès lors qu’elles sont utilisées par le « clic-addict ». Cette faculté amène beaucoup de souplesse dans l’administration de systèmes. D’ailleurs l’administrateur systèmes de windows maîtrisent également Cmd, qui est l’équivalent plus restreint en fonctionnalités.

VIRTUALISATION

Des solutions « clés en mains » font leur apparition sur le marché, en plus des classiques CMS, DMS et autres logiciels incontournables basés sur LAMP.

La virtualisation est davantage maîtrisée, sans qu’il y ait de recours à des applications propriétaires tierces. La virtualisation par container est une avancée technique majeure dans la mutualisation de ressources. Ce segment est en mutation très rapide en fonction de l’évolution des capacités de virtualisation des processeurs.

La virtualisation du poste de travail fait également l’objet de projets porteurs.

MATURITÉ

De nombreux logiciels libres « majeurs », sont connus du grand public.

Dans le milieu professionnel, d’autres logiciels sont également connus et utilisés à grande échelle. Les Apache, PHP, MySQL sont souvent développés par des sociétés qui les utilisent comme point d’appui à leurs propres technologies, avec la garantie d’un haut niveau de qualité et de support.

En entreprise, on retrouve également des solutions permettant une gestion centralisée robuste et la gestion de domaines avec une interopérabilité vers les réseaux windows.

Les logiciels libres n’ont plus l’image de logiciels universitaires pour laboratoires, développés par des barbus autistes. Maintenant, ce qui équipe au moins 80% des webservers dans le monde relève du haut de gamme.

INNOVATION RAPIDE

Le libre présente un avantage qui n’a pas de prix : un logiciel naît dès qu’un besoin non satisfait apparaît ou que ce dernier est partiellement pris en charge par un logiciel libre. Cela peut s’inscrire tout aussi bien dans une orientation de longue durée, que dans un développement d’une durée de vie très courte.

La veille des projets permet d’évaluer la nature d’une offre, à savoir si elle représente une tendance lourde sur le marché ou s’il s’agit d’un simple effet de mode. Cela est rendu possible en analysant le nombre de projets cherchant à répondre à un même besoin, ou au nombre de forks qui apparaissent.

MODULARITÉ

On retrouve les logiciels libres partout : depuis les montres jusqu’aux supercalculateurs, en passant par les GPS pour automobiles et les pointeuses horaires.

Cette modularité permet d’embarquer des systèmes d’exploitations minimalistes ou d’avoir sur serveur des configurations qui font uniquement ce pourquoi elles sont conçues.

Le seul segment dans lequel Microsoft domine encore le marché est le PC. C’est aussi le seul secteur où la concurrence n’est pas libre car la vente liée donne un avantage déloyal à Windows.

SÉCURITÉ

Nativement multi-utilisateurs et multitâches, GNU/Linux doit cela à son héritage UNIX. Les couches utilisateurs sont cadrées par des droits sur les fichiers qui empêchent à une application malveillante de corrompre tout le système.

Les virus sont peu répandus. Et un durcissement basique des configurations apporte un niveau de sécurité défiant toute concurrence.

L’hétérogénéité des distributions et des logiciels fait qu’il est compliqué pour un développeur de logiciels malveillants de cibler une application spécifique.

En conclusion, c’est un résumé très condensé dont chaque point énoncé mériterait d’être plus amplement développé et discuté. Pour utiliser un terme à la mode : le logiciel libre est en quelque sorte la disruption informatique !

Vous noterez qu’à aucun moment je n’ai mentionné la gratuité. Car même si elle est courante, elle n’est pas obligatoire. Comme dirait Richard Stallman : « Think free as in “free speech”, not as in “free beer” ».


Librement.

Albert Phelipot
Network & System Administrator
Free Software Consultant
+33 758 209 552

 

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