La place du numérique en prévention, entre contrôle et autonomie ?

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Le jeudi 27 juin 2019, Harold Juillet, directeur général de Cerner France, s’est exprimé sur les possibilités du numérique pour la prévention, en se demandant si « l’internaute était un patient sous contrôle ».

« Chaque mot est un écueil. Le premier est le terme ‘patient’. En prévention, il s’agit d’individus potentiellement patients sans le savoir. Le deuxième est le mot ‘internaute’. Cette expression vieillissante ne dit plus la réalité de la collecte de données, depuis les montres ou pèse-personnes connectés. Enfin, l’expression ‘sous contrôle’ amène à l’antinomie contrôle-autonomie, car le numérique permet de gagner en indépendance. »

Après avoir établi un rapide portrait du numérique au présent en trois définitions, Harold Juillet constate trois aspects bénéfiques qui contrastent le caractère parfois intrusif du numérique en santé.

Le premier, un meilleur ciblage des patients potentiels en fonction de leur communauté numérique : « les réseaux sociaux sont un canal de communication prioritaire car, en les utilisant comme source d’émission de l’information, on part directement des personnes ayant des comportements à risque. » Pour exemple, il cite l’association Auvernight qui met en place des dispositifs de prévention sous forme de messages dans les groupes Facebook dédiés aux événements festifs.

Le second, une véritable disponibilité de l’information : « Quand bien même l’information préventive existe, il reste relativement difficile de la transformer en action. Or, certaines personnes, grâce à des outils numériques, réussissent à collecter l’information adéquate, l’extraire sous forme de données et la transformer en connaissance afin de générer une action. », continue-t-il. Encore une fois, un exemple illustre ses propos, l’application Yuka, qui permet de lister les composants de certains produits en les photographiant. Les internautes utilisent des données disponibles pour changer les habitudes de consommation.

Selon Harold Juillet, cette information disponible par des outils connectés est « un deuxième moteur de prévention, car ces nouveaux instruments s’emparent des données pour rendre possible un certain niveau d’attention ».

Enfin, l’exploitation des données d’aide à la décision clinique. « Aujourd’hui, d’innombrables données sont collectées par beaucoup de plateformes permettant de pousser toujours plus loin le niveau d’informatisation. Si nous voulons passer à une logique de réseaux de santé, il nous faut changer de paradigme et adopter une vision de responsabilité populaire préventionnelle permettant par exemple de personnaliser les chemins cliniques et les parcours de santé. », conclut-il.

Si cette intervention a le mérite d’actualiser notre vision de la prévention en France, elle met néanmoins en lumière un impératif souvent unanimement reconnu mais encore relativement peu pratiqué. En effet, pour remettre la prévention au cœur de nos actions et de nos budgets, le numérique ne doit pas seulement être un soutien de circonstance, mais le levier de chacune des personnalités bénéficiant d’une certaine autorité.

Steve Serafino

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