Interview du DG et de la directrice adjointe de la direction numérique du groupe hospitalier Artois Ternois

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DG : Quels sont vos projets SI en cours ?

Le projet phare de notre schéma directeur est le renouvellement du dossier patient informatisé. Il s’inscrit dans un souci de modernisation globale de nos solutions numériques. Si les trois établissements du GHAT disposaient déjà d’un DPI, celui équipant le CH d’Arras, par ailleurs établissement support du GHT, était devenu obsolète. Son renouvellement, et à terme le remplacement des deux autres DPI, se sont donc imposés comme un axe prioritaire du schéma directeur des Systèmes d’Information, afin de faciliter les échanges à l’échelle du groupement. Nous avons désormais initié la première phase d’installation technique. Nous nous attacherons ensuite à effectuer les paramétrages nécessaires, avant de déployer le module de prise de rendez-vous et de gestion des agendas à la fin de l’année. La mise en œuvre de Sillage se poursuivra dans les services de soins du CH d’Arras à compter de mars 2020, puis sur l’ensemble du GHAT en 2021.

Nous venons également de remplacer le dossier patient utilisé par notre service de dialyse par la solution MEDIAL. A la rentrée, nous avons planifié la montée de version du logiciel LOGIPREN pour la réanimation néonatale qui informatisera la totalité du plan de soins.

Nous investissons également sur la sphère ressources humaines avec le changement de notre outil de planning, l’utilisation de l’application WHOOG. Notre prochain projet portera sur la dématérialisation du dossier de l’agent.

Nous généralisons également l’usage de la télémédecine après le succès des téléconsultations entre le service de néphrologie et la maison de santé pluri-professionnel du Ternois, le service de diabétologie s’est également engagé dans le processus. D’autres services suivront : entre l’équipe de soins palliatifs et les EHPAD du territoire, entre le service d’anesthésie et les unités sanitaires

Pour que cela fonctionne correctement, nous venons d’achever la migration de notre cœur de réseau. Il ne faut pas oublier que tout repose sur des infrastructures complexes et sensibles.

DG : L’IA va-t-elle changer l’hôpital ?

Les projets autour de l’intelligence artificielle fleurissent. L’expression cache des réalités parfois différentes, derrière ce sont de puissants algorithmes qui s’exercent. Mais c’est là un véritable atout pour systématiser par auto-aprentissage de la machine des tâches qui ne sont pas à forte valeur ajoutée. Nous nous lançons dans un projet d’intelligence artificielle pour le codage. L’objectif étant moins de revaloriser nos séjours que d’automatiser les processus de base de codage, notamment pour les séjours relativement standards, tels les séjours en hôpital de jour par exemple.

DG : Pensez-vous que ces missions sont les mêmes qu’il y a 10 ans ?

Indubitablement on assiste à une percée majeure du numérique dans l’ensemble des processus de l’hôpital. Aucun secteur ne résiste. On le voit également avec l’essor des objets connectés. Un DG doit être attentif aux innovations et ne pas hésiter à prendre quelques paris

DG : Pensez-vous que les besoins en compétence se sont modifiés ces dernières années ?

Les compétences ne sont plus centrées sur la technique. Rares sont les centres hospitaliers généraux qui mettent en place des compétences dans le développement informatique. Aujourd’hui la part belle est aux chefs de projet, qui ont cette avantage d’une solide formation en ingénierie informatique, et qui mettent au service des organisations la puissance d’intervention du numérique. Il nous faut des responsables qui n’hésitent pas à investir directement auprès des utilisateurs et qui sont autant de relais pour mener l’accompagnement au changement.

Vous : Pensez-vous que la principale problématique des DG actuellement est d’avoir à régler les problèmes d’interopérabilité des SI hospitaliers ?

Les directeurs généraux doivent être sensibilisés à cette problématique. Nous y sommes souvent confrontés et cela ralentit incontestablement le développement de certains projets. Il parait essentiel d’identifier les quelques failles des coulisses. Quand les blocages deviennent des verrous, il ne faut pas hésiter à entrer dans le sujet en s’appuyant sur l’expertise des équipes techniques.

Vous : Quelle est votre propre vision des missions attribuées à une directrice du numérique ?

Une directrice du numérique doit pouvoir décliner les orientations stratégiques de l’établissement de manière pragmatique et séquencée au sein du schéma directeur du système d’information, véritable feuille de route pour le service informatique. Elle est un relai entre l’opérationnel et le portage politique. Cela suppose d’être attentive aux actualités du secteur tout en assurant au quotidien l’animation des équipes engagées dans les projets et le fonctionnement efficace des solutions déjà déployées.

Vous : Êtes-vous plutôt « tout intégré » ou « multi-éditeurs » ?

Le Centre hospitalier d’Arras concentre à lui seul une centaine d’applications différentes. Les éditeurs sont donc multiples.

Vous : Avantages/ inconvénients ?

Avantage : des produits spécialisés répondant chacun de manière précise aux besoins fonctionnels

Inconvénient : des besoins accrus d’interopérabilité

Vous : Parmi les nombreuses offres de « digitalisation » qui fleurissent sur le marché aujourd’hui, lesquelles vous semblent le plus adaptées à une « simplification des parcours patient « ? (Exemples : bornes interactives, services en ligne de prise de rdv ou d’admission, suivi post op par plate-forme régionale…)

Dès les années 2000, le CHA a été précurseur dans la digitilisation de son dossier patient. Dans la continuité de ce qui a été entrepris, nous misons énormément sur le numérique au sein du GHAT. Nous avons été un des premiers établissements sur le déploiement des rendez vous en ligne et ce dès le début de l’année 2017. Offrir une souplesse pour la préparation des séjours et mieux gérer le suivi des rendez-vous c’est un gage d’efficacité et d’attractivité. Nous avons complété cela par la mise en place d’une plate-forme de suivi des séjours de pré et post hospitalisation avec la start up E-MED SERVICE. Les contacts par sms et par mail simplifient l’accès à l’hôpital.

Nous nous engageons dès l’été dans la construction de notre plateforme d’échanges régionale PREDICE. Les objectifs sont ambitieux : offrir aux professionnels de santé de la région la possibilité de se coordonner autour d’une ligne de vie du patient. Elle permettra de développer une vision supra GHT qui n’existe pas à l’heure actuelle.

Et lesquelles pourraient faciliter la relation des praticiens ville-hôpital-ville ?

Là aussi nous avons choisi de simplifier les échanges par l’usage du numérique. Nous utilisons depuis deux ans déjà les services de LIFEN pour la dématérialisation de l’envoi des comptes-rendus aux médecins généralistes. Aujourd’hui 89% de nos comptes-rendus sont dématérialisés. Pour faciliter la communication entre les praticiens hospitaliers et les médecins de ville, le GHAT a développé sa propre application : GHAT pro. Elle permet d’accéder facilement depuis un smartphone à un annuaire de praticiens toujours à jour et de les contacter par des numéros directs.

Dernière question au DG :

DG Quels sont les 2 ou 3 projets SI prioritaires dans votre établissement actuellement ?

  • Reprise des rendez vous en ligne service par service dès la migration sur SILLAGE
  • La transformation digitale au service des organisations : ex la mise en place de la reconnaissance vocale pour les radiologues qui a été mise en place cet été
  • Renouvellement du PACS pour le secteur de l’imagerie
  • Remplacement des infrastructures réseaux et téléphonie

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