HIMSS 2022 : une édition de transition sur les questions d’IT

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Crédit photo : DR

Annulé en 2020 et 2021 du fait de la crise du COVID, le congrès du HIMSS s’est de nouveau tenu du 14 au 18 mars dernier. Le Healthcare Information and Management Systems Society a accueilli une centaine de conférenciers et environ 1.000 stands. Retour sur cette édition particulièrement attendue.

 

LA POINTE DE L’INNOVATION EN E-SANTÉ

Pour la première fois cette année, la France a représenté la plus grande délégation d’Europe. Une centaine d’acteurs venus de l’Hexagone avaient ainsi rendez-vous au centre de convention d’Orlando, en Floride, pour participer au plus grand salon dédié à la santé numérique. DSI, professionnels de santé, éditeurs et institutionnels ont saisi l’occasion pour découvrir, partager et faire connaître les nouveautés dans ce secteur en constante évolution.

Car en la matière, HIMSS est un incontournable. « C’est le premier grand salon consacré à l’informatique médicale, estime Laurent Tréluyer, DSI de l’AP-HP (39 établissements). Il n’a pas d’équivalent. Il permet de rencontrer les principaux opérateurs du marché mais aussi d’autres DSI, des directeurs d’établissements, de visiter des hôpitaux… » Un moment fort pour le spécialiste de ces questions qui trouve ainsi une opportunité de croiser les diverses approches.

Et il est aussi une formidable vitrine pour l’innovation. C’est l’occasion de découvrir les nouveautés qui ne sont pas encore déployées en Europe. « Cela nous permet d’être en avance de phase, de sentir des tendances technologiques », note Sandrine Degos, directrice générale de Care Insight qui a conduit la délégation de 30 responsables au congrès. Ces innovations peuvent être d’ordre technologique ou bien liées aux pratiques. « C’est assez rare et précieux de pouvoir aller à la rencontre des établissements américains et d’échanger avec eux. On peut ainsi mieux anticiper les évolutions du marché français. »

Car le marché américain est particulièrement mature et HIMSS en est la représentation. 830 millions de personnes dans le monde sont prises en charge dans des hôpitaux certifiés par le référentiel EMRAM, développé par l’organisation HIMSS. « Avec une telle force de frappe, les solutions présentées à Orlando ne sont plus au stade de bonnes initiatives mais peuvent être réellement éprouvées, détaille Jean-François Goglin, directeur général adjoint du cabinet stratégique Connective Santé et membre du board de HIMSS Europe. C’est très utile pour nous de comparer des idées qui ont été concrètement appliquées. »

 

UNE ÉDITION DE SORTIE DE CRISE

Après deux ans d’interruption, cette édition était marquée par la crise COVID. « Durant des mois, les systèmes d’information se sont focalisés sur la crise sanitaire, note le DSI de l’AP-HP. Avec la sortie de crise, les professionnels peuvent enfin passer à autre chose et se réinventer. » Déploiement du dossier patient, lien ville-hôpital, portail de services dédiés au patient, etc.

Sur tous ces dossiers, les Etats-Unis ont avancé très vite. Ils disposent d’une expérience et d’une fiabilité sur ces sujets. C’est donc désormais la question des données qui est au coeur des réflexions. « Il y a trois ans, le congrès HIMSS mettait l’accent sur cette thématique mais nous en étions encore au début, ajoute Laurent Tréluyer. Depuis, on sent comme un désenchantement. Il y a eu beaucoup d’espoirs déçus, ce qui implique de repenser l’approche autour de l’intelligence artificielle. »

La transition se voit également dans la perception et la position de la France dans le domaine de la santé numérique. Jusque-là, le marché américain était porté par des grosses structures (établissements, industriels) qui le plaçaient en leader des réflexions et des réalisations. Une donne qui a tendance à changer finalement, sous l’impulsion de la crise COVID… « Les grandes évolutions comme le cloud, la médecine populationnelle ou les nouvelles fonctionnalités de certaines solutions étaient présentées à HIMSS et la France s’en inspirait pour développer ces solutions sur son marché 3 ans après, constate Emmanuel Canes, directeur sales manager Dell Technologies – Europe. Aujourd’hui, on voit ce délai se contracter. Cette fenêtre sur l’avenir se réduit et le COVID a montré qu’en deux ans, nous avons réussi à bien gérer des problématiques majeures. »

 

LE POSITIONNEMENT DE LA FRANCE : « NOUS N’AVONS PAS À ROUGIR »

La place de la France et de l’Europe, c’est évidemment une question très suivie dans un congrès tel que le HIMSS. Sur cet aspect, la présidence française du Conseil de l’Union Européenne a créé une forte attente. « Cette présidence nous place en porte-voix des états membres », souligne Isabelle Zablit, directrice de projet à la délégation au Numérique en Santé auprès du Ministère des Solidarités et de la Santé. Mais cela n’explique pas tout selon l’experte. « Le virage numérique adopté par la France a fait preuve d’une vision et d’une vitesse de mise en place qui a propulsé la France au rang des précurseurs de ce secteur. »

Et l’ampleur de la délégation française en a bien été l’illustration. « Le fait que nous représentions la plus grande délégation d’Europe montre bien notre capacité à nous mobiliser sur ces questions, renchérit Sandrine Degos. Et en termes d’offre, nous n’avons absolument pas à rougir sur les questions d’IT. » La preuve que cette question est prise à bras le corps ? La France a entamé une mutation de fond selon Jean-François Goglin : « Notre pays était réputé pour réfléchir, concevoir… Mais il a montré qu’il pouvait aussi créer une dynamique forte. En 3 ans, la vision de Dominique Pon sur le virage numérique a pu être concrétisée (Identification nationale, référentiel de sécurité, bouquet de services…). Et cela, pas un seul pays n’en a été capable jusqu’ici. »

Finalement, ce qui pouvait être vu comme un retard s’est avéré bénéfique. Là où la France exprimait sa volonté de prioriser l’éthique et la souveraineté, d’autres pays ont foncé. « Ils sont en train de faire machine arrière dorénavant, selon Emmanuel Canes. La France n’a pas eu tort de prendre son temps. » Il y a donc « une troisième voie européenne, entre les GAFAM et la Chine », comme le fait remarquer Isabelle Zablit.

Une troisième voie qui sera d’ailleurs à l’honneur du HIMSS22 Europe qui se tiendra à Helsinki en juin prochain. Rendez-vous est pris.

Marion BOIS

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