Gestion des Risques, Numérique et Parcours de soin : le basculement

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Docteur Alain Ricci

Le temps dont disposent les médecins s’amenuise comme une peau de chagrin de jours en jours. Cette réalité s’explique par le nombre croissant des patients entraînant un accès aux soins limité. Pour répondre à cette problématique, le Président Emmanuel Macron avait annoncé en 2018 une réforme baptisée « Ma santé 2022, un engagement collectif ». En juillet 2019, l’adoption de cette loi visait à redresser l’organisation interprofessionnelle en territoires (CPTS, MSP…) pour transformer le système de santé. Elle invitait tous les patients à disposer d’ici 2022 d’un espace personnel numérique.

 

Face à ces nouvelles mesures, de nouvelles problématiques en gestion des risques sont apparues.  C’est la raison pour laquelle, prévenir et gérer les risques en santé nécessite d’optimiser la transmission des informations grâce à l’interactivité et la coordination entre les territoires en cours de structuration, pour mieux répondre aux besoins d’accès aux soins.

Cela passe par l’inclusion des infirmiers libéraux, la diffusion de la télémédecine, l’homogénéisation des pratiques, l’utilisation du Dossier médical Partagé (DMP) pour des parcours en continuité. Ces objectifs sont atteints par la combinaison bien conçue de logiciels actuels et des formations qui sont conceptualisées et déployées. Pour l’instant, le retard du Dossier Médical Partagé ou DMP, a entravé les modes prévus d’interactivité et de continuité.

La gestion coordonnée des risques en structure ou en ville impose à tous les soignants, un parcours continu et de résorber le fossé numérique entre médecins, pharmaciens et Infirmiers Diplômés Libéraux (IDEL). De plus, l’empilement des normes et protocoles de bonnes pratiques, rangés dans de volumineux dossiers de certifications pose la question de leur réelle utilisation. Ces dossiers constituent pourtant le socle des analyses des parcours du patient.

Il reste donc encore des progrès à faire pour assurer l’homogénéité des pratiques lors de turn-over. Les soignants utilisent encore beaucoup trop de papier. C’est comme si on vous demandait d’utiliser une boussole ou une carte routière plutôt qu’un GPS. Parfois le soignant omet de fournir des informations d’une personne à l’autre et cela peut entrainer des défauts d’appréciation rédhibitoires. Or, en tant que personnel de santé nous sommes responsables personnellement de nos prises de décisions.

Pour y faire face, deux solutions proactives innovantes s’offrent au personnel soignant dans le parcours de soins.

La première, un Dossier de Soins Infirmiers Informatisé (DSII) proposée par TAB Santé. Il s’agit d’une application qui donne accès au dossier du patient. Elle partage et coordonne les données pour mieux les tracer et les sécuriser. L’outil permet de gérer les risques en collaboration avec les médecins et les pharmaciens et prévient les évènements indésirables grâce au compagnonnage virtuel. Il est synchronisé avec un équipement simple sur tablette ou smartphone qui mémorise les 15 derniers jours et est utilisable hors connexion.

La seconde, application mobile Max est une solution SAAS d’Aides Cognitives Digitales personnalisables, créée par Jean-Christophe Cejka, anesthésiste réanimateur, pour la gestion des risques. C’est un assistant cognitif expert pour tablettes et smartphones qui accompagne les professionnels.

Cette application permet de créer des protocoles utilisables en permanence et en temps réel au cours du soin. Initiéepour gérer les crises extrêmes sur des mannequins de simulation, elle devient le copilote des multiples protocoles et référentiels de certifications, sur le concept du « patient traceur » simulé suivant les méthodes de l’avionique.

Aujourd’hui, il faut suivre la norme et être guidé pour des raisons de qualité et protection médico-légales. Si l’on suit les règles établies, personne ne contestera le soin. Certains établissements qui affichaient 0% de maladies nosocomiales n’avaient en fait pas rentré les informations dans les systèmes de données. Les statistiques étaient donc faussées, faute d’incitation à déclarer, les données n’étaient pas remplies complètement. L’informatique doit être au plus près du patient et du soignant pour faciliter cette transmission de l’information en temps réel.

La gestion des risques n’est pas assez proactive. Plus il existe de couches de normes, plus le soin au patient sera rendu complexe. Les soignants prennent personnellement des risques. Si on ne leur permet pas un accès aux dossiers patients sur tablettes au moment opportun, ni de guide dans le suivi des protocoles et référentiels, la porte est ouverte aux pertes de chance et aux risques.

La digitalisation complète et partagée des soins coordonnés est la clé de la gestion sécurisée des risques et de la qualité. Former à ce basculement numérique est un prérequis. Telle une symphonie conduite par un chef d’orchestre, il faut guider tous les soignants afin de suivre la mème partition.

 

Alain Ricci

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