Des yeux numériques pour guider la préparation des chimiothérapies

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Crédit : CH de Cornouaille

Du Centre Hospitalier de Quimper à l’Oncopole de Toulouse, une centaine d’hôpitaux et de centres anticancéreux seront équipés d’ici fin 2022 de Drugcam, un module d’assistance numérique pour la préparation des chimiothérapies.

 

Nés à La Rochelle grâce à un partenariat avec l’Université, ces yeux numériques ont été développés par la société Eurekam. Grâce à une technologie mêlant numérique et intelligence artificielle, les préparateurs et pharmaciens disposent désormais d’un contrôle en temps réel de leur préparation. L’enregistrement vidéo permet à la fois d’éviter les erreurs, de revenir sur le processus de fabrication en cas de doute ainsi qu’une libération plus sereine du médicament par le pharmacien.

Pour le co-fondateur d’Eurekam, Benoît Le Franc, – également pharmacien hospitalier à l’Hôpital de La Rochelle -, « Drugcam s’appuie sur la règle bien connue des trois B » : la bonne molécule, le bon volume et le bon patient. Grâce à une analyse de l’image, le logiciel compare ce qui est produit avec la prescription initiale afin de détecter toute différence de volume ou d’étiquette, et d’arrêter le préparateur en cas d’écart.

 

UNE VISION PAR ORDINATEUR QUI REPREND LA LOGIQUE DU RAISONNEMENT HUMAIN AFIN DE FLUIDIFIER LA CHAÎNE DE PRODUCTION

 

Après avoir été validée par le pharmacien, la prescription est affichée dans DrugCam afin d’indiquer au préparateur l’ensemble du matériel nécessaire à la préparation. La production est lancée dès lors que le professionnel montre à la caméra l’étiquette correspondant à la prescription. Au fur et à mesure, les flacons sont présentés afin que le logiciel vérifie leur identité et le volume qui a été ajouté. Quand le mélange est terminé, le préparateur ajoute une étiquette finale avec l’identité du patient et la présente à la caméra afin de vérifier sa correspondance avec le mode opératoire.

Enfin, les images de la préparation sont compressées et envoyées sur un serveur web local, rattaché à l’outil de libération DrugCamControl que le pharmacien utilise afin de juger si le produit est libérable. DrugCam est interopérable avec le logiciel métier du service et n’enregistre pas les données produites en dehors de la structure hospitalière, respectant ainsi les normes RGPD.

 

« ON RENTRE CHEZ SOI EN ÉTANT SEREINS, ÇA NOUS DONNE DE L’ASSURANCE »

 

Au-delà du respect des bonnes pratiques réglementaires en matière de qualité et de sécurité des soins, cet outil permet aux équipes de s’adapter à de nouveaux modes opératoirescomplexes. Selon Sandra Ruitort Cheffe de service du département pharmacotechnie du Pôle pharmacie du CHU de Nice, « certains tests d’allergologies nécessitent des dilutions au millième voire au dix millième des doses habituelles », l’assistance permet alors de sécuriser le process de fabrication. Le suivi de la préparation en temps réel permet également d’assurer un délai de libération rapide des traitements, ce qui est très important dans cet établissement où 4/5 de l’activité concerne l’hôpital de jour. Déployé à l’ouverture de l’Unité de pharmacotechnie en 2019, cet outil a permis de repenser le circuit de préparation dans sa globalité de gagner en performance, tout en augmentant la sérénité des professionnels de santé. Pour Élodie Ferloni, préparatrice en pharmacie du CHU, « On gagne en sérénité par rapport au le double contrôle. ». Initialement prévue pour sécuriser la production, cette assistance vidéo a été pour nous l’opportunité de développer une nouvelle approche pédagogique interactive dans le cadre de la formation continue des préparateurs, ajoute Julien Duquesne, pharmacien au CHU de Nice.

 

Au Centre Hospitalier de Quimper, Nicolas Cassou, Pharmacien responsable de l’oncologie et de l’hématologie, utilise les vidéos produites par le logiciel « comme outil d’éducation pour les nouveaux préparateurs lors de leur formation ». Si le logiciel vient assister les équipes, il ne les remplace pas pour autant et la formation continue est nécessaire. Dès l’installation du premier poste DrugCam, les craintes de voir l’outil détourné en moyen de contrôle des professionnels ont vite été remplacées par de l’enthousiasme. Ainsi, depuis 2018, deux nouveaux postes ont été ajoutés à cette unité qui produit environ 29000 préparations injectables à l’année.

 

À terme, l’entreprise souhaite proposer ce dispositif en format plus miniaturisé afin de sécuriser la préparation des injectables dans l’ensemble des services des établissements de santé. Pour le moment, les équipes travaillent continuellement à une amélioration des algorithmes afin de proposer une intelligence artificielle plus approfondie. Déjà présente en Belgique et en Espagne, Eurekam souhaite également renforcer sa présence à l’étranger.

 

Lucie Gauthiot

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