Croissance du taux de chirurgie ambulatoire

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Professeur Corinne Vons

Croissance du taux de chirurgie ambulatoire en 2017 : Pourra-t-on atteindre l’objectif de 70% en 2022 ?

La Chirurgie Ambulatoire (CA) en France a démarré avec 20 à 30 années de retard (autorisée en 1992), comparée aux USA et aux pays du Nord de l’Europe, notamment en Angletere. Incitée depuis 2010 par des mesures coercitives (MSAP) et incitations tarifaires, la CA avait bien progressé ces dernières années : d’abord de 1,5 point par an entre 2008 et 2014 puis de 2,2 points par an jusqu’en 2016.

Mais pour atteindre l’objectif fixé par notre ministre Agnès Buzin d’un taux de CA de 70 % en 2022, c’est une croissance annuelle de 2,9 points qui est dorénavant nécessaire.

Alors où en sommes-nous ?

Nous disposons à présent des résultats de la base de données 2017, et avons pu calculer le taux national de chirurgie ambulatoire en 2017, et le comparer à celui de 2016. Mais nous avons aussi calculé celui de chaque spécialité chirurgicale et de certains actes chirurgicaux précis que nous suivons tous les ans (les « actes marqueurs » de l’International Association for Ambulatory Surgery : IAAS appelés actes du « Basket »).

Rappelons que le périmètre sur lequel est calculé le taux national de chirurgie ambulatoire a été modifié il y a deux ans, pour y inclure des activités que la classification PMSI française qualifie d’interventionnelles alors qu’elles sont bien qualifiées de chirurgicales dans les autres pays de l’IAAS. Il s’agit des 7 racines suivantes :

03K02 : affections de la bouche et des dents avec certaines extractions, réparations et prothèses dentaires.

05K14 : mise en place de certains accès vasculaires pour des affections de la CMD 05, séjours de moins de 2 jours.

11K07 : séjours de la CMD 11 comprenant la mise en place de certains accès vasculaires, en ambulatoire.

12K06 : séjours comprenant une biopsie prostatique, en ambulatoire.

09Z02 : chirurgie esthétique.

14Z08 : interruptions volontaires de grossesse : séjours de moins de 3 jours.

23Z03 : interventions de confort et autres interventions non prises en charge par l’assurance maladie.

1-Volumes et taux de chirurgie ambulatoire 2017, comparaison avec 2016

 

France 2016

Volume et taux de chirurgie ambulatoire

France 2017

Volume et taux de chirurgie ambulatoire

 

 

Evolution

VOLUMES de séjours ancien périmètre ambulatoire :
Nb de séjours ambulatoires pour les GHM en C hors CMD 14 et 15, avec Durée Séjour (DS) = 0 et MS=ME=8 2 808 914 2 962 881 + 153 967
Volume de séjours nouveau périmètre ambulatoire
Nb séjours ambulatoires ci-dessus + les 7 racines supplémentaires avec DS = 0 et ME = MS =8 3 430 698 3 583 362 + 152 664
TAUX DE CHIRURGIE AMBULATOIRE ancien périmètre 49,6 % 51,7 % + 2,1 %
TAUX DE CHIRURGIE AMBULATOIRE nouveau périmètre 54,1 % 55,9 % + 1,8 %

L’ajout des 7 racines correspond à un volume total en 2017 de 672 623 actes qui étaient déjà réalisés en grande majorité en ambulatoire (pour 620 155 d’entre eux) soit un taux d’ambulatoire pour ces seuls actes de 92,2 %. On comprend comment l’ajout de ces racines a fait « artificiellement » augmenter le taux moyen de chirurgie ambulatoire en France en 2016 et 2017. Il s’agit néanmoins du périmètre le plus légitime pour nous comparer aux autres pays.

Le taux de chirurgie ambulatoire national en 2017 a été de 55,9 %, mais il n’est en progression que de seulement 1,8 point par rapport à 2016, loin des 2,9 escomptés, pour atteindre 70% en 2022.

Comparé aux progressions observées de 2014 à 2016 (+2,1%, +1,9%, +2,2%) ce résultat témoigne d’un tassement de la croissance de la chirurgie ambulatoire entre 2016 et 2017.

2-Evolution de l’activité ambulatoire globale par spécialité entre 2016 et 2017

Spécialités TAUX AMBU 2016 TAUX AMBU 2017

 

ORL 58,0% 59,9%
GYNECOLOGIE 56,8% 58,6%
ORTHOPEDIE 43,3% 45%
GENERALE ET DIGESTIVE 31,2% 33,2%
UROLOGIE 40,9% 41,8%

 

3-Evolution de l’activité ambulatoire entre 2016 et 2017 pour les 34 actes marqueurs internationaux (IAAS) :

Actes Taux ambu 2016 Taux ambu 2017 Evolution
OPHTALMOLOGIE
Cataracte 91,9 % 93,3 % + 1,4 %
Chirurgie du strabisme 71,4 % 75,9 % + 4,5 %
ORL
Aérateurs trans tympaniques 96,9 % 96,9 % 0 %
Amygdalectomie 27,9 % 30,3 % + 2,4 %
Rhino septoplastie 41,8 % 47,2 % + 5,4 %
STOMATOLOGIE
Extractions dentaires 93,7 % 93,8 % + 0,2 %
GYNECOLOGIE
Ligatures des trompes 87,8 % 81,9 % –          5,9% *
IVG 90,9 % 90,6 % + 0,3%
Curetage utérin en dehors de la grossesse 82,0 % 82,6 % + 0,6%
Hystérectomie 2 % 3 % + 1 %
Prolapsus utérin 13,2 % 14,9 % + 1,7 %
Tumorectomie du sein 51,3 % 54,4 % + 3,1%
Mastectomie partielle 41,4% 47,2 % + 5,8%
Mastectomies totales 2,2% 3,2 % + 1%
ORTHOPEDIE
Arthroscopie du genou 68,1 % 66,1 % –       2%
Chirurgie du ménisque 88,4 % 89,3 % + 0,9%
Ablation de matériel d’ostéosynthèse 69,6 % 71,8 % + 2,2%
Chirurgie de l’Hallus Valgus 50,3 % 57,8 % + 7,5%
Canal carpien 94,3 % 94,6 % + 0,3%
Hygroma 62,0 % 63,5 % + 1,5%
Chirurgie de la maladie de Dupuytren 86,7 % 88,6 % + 2,1%
Ligamentoplastie du genou 34,7 % 43,4 % + 8,7 %
Chirurgie de la hernie discale 3,2 % 4,6 % + 1, 4%
GENERALE ET DIGESTIVE
Cholécystectomie 32,0 % 37,1 % + 5,1 %
Cure de Reflux gastro œsophagien 3,8 % 4,7 % + 0,9%
Hémorroïdectomie 32,2 % 38,3 % + 6,1%
Hernie de l’aine 61,3 % 63,9 % + 2,6%
Sinus pilonidal 52,8 % 57,8 % + 5 %
UROLOGIE
Circoncision 94,5 % 94,5 % 0 %
Orchidopexie 63,6 % 62,6 % –       1 %
Vasectomie 96,3 % 96,2 % –       0,1 %
TURP 4,4 % 1,1 % –       3,3 %
VASCULAIRE
Chirurgie des varices 86,5 % 86,8 % + 0,3 %
ESTHETIQUE
Mastoplastie de réduction 6,7 % 8,3 % + 1,6 %
Dermoplipectomie abdominale 11,1 % 9,8 % –       1,3 %

 

  • L’apparente diminution du taux de CA pour le geste « ligature des trompes » doit être interprété en sachant que le dispositif Essure a été progressivement retiré du marché depuis la fin de l’année 2016. Mais si on s’en tient au seul acte de : « interruption …. de la perméabilité des trompes utérines par coelioscopie » le taux d’ambulatoire est passé de 73,0% à 78,6% entre 2016 et 2017

Commentaires :

Les évolutions de l’activité de chirurgie ambulatoire ont été très variables selon les spécialités et les actes, mais en moyenne très modérées :

Pour la chirurgie du sein, le taux de mastectomie partielle a augmenté de 5,8 %, la progression des mastectomies totales est encore lente.

Pour l’orthopédie, une importante avancée pour la chirurgie de l’Hallux Valgus (+7,5 %) et de la ligamentoplastie du genou (8,7 %), mais d’autres actes « stagnent » comme l’arthroscopie (l’utilisation d’un redon, encore par certaines équipes serait la cause).

En chirurgie digestive, l’activité ambulatoire augmente mieux pour la cholécystectomie par laparoscopie mais reste à un niveau encore faible (37,1 %) (notons que la SFCD ACHBT ont recommandé cette prise en charge avec un grade A en 2009). De même l’augmentation des hémorroïdectomies en ambulatoire (+ 7 %) fait partie des plus importantes progressions.

Pour l’urologie, la résection de prostate en ambulatoire régresse à 1,1 %. Le coût des consommables (fibres, laser), qui permet la réalisation en ambulatoire de la résection trans urétérale de la prostate, est sans doute l’élément freinateur.

Le tableau de l’évolution du taux d’ambulatoire des actes marqueurs n’est pas très optimiste, mais rappelons-nous tout de même que des innovations importantes ont été réalisées en France en ambulatoire ces dernières années : Sleeve gastrectomy, Bypass, arthroplastie de la hanche et du genou, colectomie, thyroïdectomie totale avec curage, néphrectomie, mastectomie totale, appendicectomie en ambulatoire, par des équipes pionnières qui traduit leur engouement et surtout une dédramatisation progressive du mode de prise en charge chirurgicale ambulatoire.

Pour pouvoir progresser plus efficacement et atteindre les objectifs du ministère, d’autres leviers que les incitations financières pour les établissements de Soins et la Mise Sous  Accord Préalable,  doivent être activés. A savoir :

  • Mieux former l’équipe hospitalière de l’Unité de Chirurgie Ambulatoire (UCA) actrice de la chirurgie ambulatoire (chirurgien, anesthésiste, IDE, IBODE, IADE, secrétaire,.)
    1. à la Réhabilitation Améliorée Après Chirurgie (RAAC),
    2. à une vraie gestion des risques postopératoires des patients, notamment après leur retour à domicile, (sans refaire l’hôpital à la maison)
    3. à la gestion des flux des patients dont la « trajectoire » pendant leur court séjour hospitalier doit éviter des pertes de temps inutiles
  • Informer les patients et les éduquer de façon professionnelle car ils sont les nouveaux incontournables acteurs de leur surveillance. Il faut renforcer les consultations d’amont après les consultations chirurgicales et d’anesthésie préopératoires afin de mieux préparer les patients aux conséquences de la chirurgie, tant d’un point de vue physique : consultation infirmière d’information, d’éducation, consultation de kinésithérapie, que d’un point de vue psychologique, proposer une consultation en psychologie, notamment en cas de cancer.
  • Mieux organiser la coordination et la continuité des soins en ville afin d’assurer une prise en charge personnalisée du patient en :

– formant tous les acteurs de santé de ville (le développement de la chirurgie ambulatoire est un changement de culture dans le monde de la santé );

– sensibilisant les différents intervenants ;

-partageant l’information (recueil en amont et diffusion en aval du séjour) entre l’UCA et les différents professionnels (médecins traitants, infirmiers libéraux, kinésithérapeutes, etc.) . Des plateformes ont déjà été mise en place par les IDEL des hauts de France.

  • Mais surtout, vraiment, il faut se décider à investir, que cela soit dans du matériel chirurgical indispensable pour certaines spécialités pour passer à l’ambulatoire, dans des logiciels adaptés au chemin clinique des patients opérés en ambulatoire traduisant chaque étape par une check liste et plaçant les barrières de sécurité dans le cadre de la gestion des risques postopératoires, mais surtout pour réaménager l’agencement architectural des Unités de Chirurgie Ambulatoire de France qui sont presque toutes d’anciens services de chirurgie conventionnel, intégrées (partageant un bloc commun avec la chirurgie traditionnelle), sans « marche en avant », sans vestiaire et sans salle de repos. Un objectif de séparation des flux entre les patients de chirurgie ambulatoire et conventionnelle doit être adopté pour optimiser la performance et la qualité.

Et là, les 70% seront atteints en 2022

La chirurgie ambulatoire est une chirurgie d’excellence qui n’a pas fini de se développer, elle va diminuer les coûts, mais devra pour être réalisée à grande échelle dans des conditions  de performance, être aussi de qualité des soins et de sécurité des patients.

Professeur Corinne Vons

Professeur Corinne VONS, présidente et le conseil d’administration de l’Association Française de Chirurgie Ambulatoire (AFCA)

Académie de Chirurgie « Les Cordeliers », 15 Rue de l’école de Médecine, Paris 75006
site internet : https://www.chirurgie-ambulatoire.org

Venez nombreux aux journées nationales de chirurgie ambulatoire les 30 et 31 janvier 2019 (JAB), organisées par l’AFCA , www.congresambulatoire.com

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