Cancer de la vessie : connectivité et luminofluorescence

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La technologie de la luminofluorescence représente un apport non négligeable dans la prise en charge des cancers de la vessie. Mais pour y recourir, elle implique la combinaison d’équipements adéquats et d’un laboratoire pour produire la molécule. Sans colonne adaptée, le chirurgien ne peut en effet utiliser efficacement cette technique. Nous avons assisté à une grande première en la matière au Centre Hospitalier privé Saint-Grégoire, près de Rennes.

 

UNE RÉDUCTION DE 30% DES RISQUES DE RÉCIDIVES

 

Chaque année, on recense en France près de 10 000 nouveaux cas de cancers de la vessie. La résection chirurgicale effectuée au bloc opératoire en est le traitement principal. Pour réaliser ce geste délicat, l’utilisation de la luminofluorescence permet d’améliorer la qualité de la prise en charge. Instillée par sondage dans la vessie une heure avant l’opération, l’hexylaminolévulinate commercialisée en Europe sous le nom d’HEXVIX par Photocure se fixe sur les lésions tumorales, les rendant ainsi visibles. « L’intérêt de la fluorescence, il est d’abord pour le patient, en limitant le risque de récidive de la tumeur, insiste le Dr Romain Huet, urologue au Centre Hospitalier privé Saint-Grégoire. Puisqu’on améliore la qualité de la résection, on diminue le risque de récidive de 30% et on diminue le nombre de nouvelles résections nécessaires par la suite. Et puis l’intérêt est également pour le chirurgien puisqu’on a une meilleure qualité de résection avec une amélioration significative de la visibilité des tumeurs grâce à cette fluorescence. L’utilisation de la fluorescence permet un contraste, une colorimétrie que l’on n’avait pas avant. »

 

 

La technique de la fluorescence revient sur le devant de la scène. Depuis 2020, les sociétés savantes, et notamment l’AFU (Association Française d’Urologie), recommandent le recours à la lumière bleue dans le cadre de la prise en charge optimale des cancers de la vessie. « Ces recommandations ont toujours existé, rappelle Jean-Louis Layot, directeur général de Photocure. Mais de récentes études ont apporté un niveau de preuve supérieur. » Dans ce nouvel élan, le partenariat de deux acteurs clés du secteur a encore accéléré les choses. Richard Wolf, fournisseur d’équipements médicaux et le laboratoire Photocure proposent désormais la combinaison technique pour optimiser le recours à la luminofluorescence. « Nous étions jusqu’alors assez dépendants de la qualité des sources de lumière proposées par les équipementiers, souligne Jean-Louis Layot. Avec sa source de lumière à très haute définition, la colonne Richard Wolf offre une vraie valeur ajoutée. » « Non seulement cette technique nous permet de visualiser la tumeur dans son intégralité, détaille le Dr Huet. Mais nous pouvons également repérer les petites tumeurs qui pourraient ne pas se voir à la lumière blanche classique. »

 

UNE PREMIÈRE POUR L’E-LEARNING

 

Interfacée avec le dossier du patient, la colonne utilisée au bloc par le chirurgien s’intègre parfaitement au workflow de l’établissement. Elle regroupe ainsi tous les examens et images déjà réalisés. Ce jour-là, au Centre Hospitalier privé Saint-Grégoire, le cas est typique. Le patient présente une tumeur visible en lumière blanche normale. Mais la fluorescence, par le biais de la colonne Richard Wolf, met en évidence une seconde tumeur. Pour maîtriser ce genre de technique, l’apprentissage est nécessaire, voilà pourquoi l’opération est suivie par de nombreux urologues. C’est une grande première dans le domaine. Connectés à la colonne du bloc opératoire, 26 spécialistes du monde entier suivent à distance l’opération, commentée par le chirurgien expert. « Nous avons développé toute la partie connectivité de la colonne spécifiquement pour pouvoir sortir des blocs opératoires, détaille Stéphane Bertolino, French sales and Project manager chez Richard Wolf. Nous avons créé un système CE médical pour récupérer des flux vidéos. »

 

Le chirurgien échange constamment avec ses homologues. Une manière de distiller son apprentissage dans les conditions du réel. « Il faut permettre aux professionnels d’apprendre et de sécuriser cet apprentissage pour les patients, résume le Dr Sébastien Vincendeau, urologue au Centre Hospitalier privé Saint-Grégoire. C’est tout l’intérêt du e-learning et de ce que l’on appelle l’e-proctoring. Vous allez pouvoir réaliser cette chirurgie nouvelle en partageant votre écran chirurgical avec un expert qui va vous guider. C’est donc exactement la logique de l’auto-école appliquée à la chirurgie pour permettre à la fois l’innovation technologique et la sécurité des patients. »

 

 

Et les retours sur cette technologie sont positifs du fait notamment de sa simplicité de mise en place. « Souvent les systèmes de connectivité sont des systèmes externes, constate Stéphane Bertolino. Il s’agit alors de solutions complexes et pour les opérateurs c’est délicat dans la mise en oeuvre. Notre concept a été de partir de l’outil de production de soins, c’est-à-dire de la colonne. Elle est utilisée tous les jours au bloc opératoire, par les chirurgiens et les IBODES. On a juste rajouté une brique de connectivité et en deux clics, on lance aisément tous ces usages. »

 

Afin d’accroître la bonne diffusion de cette technique, le laboratoire Photocure travaille pour améliorer la prise en charge de la molécule dans les centres hospitaliers français. Des études nouvelles devraient être proposées à ce sujet courant 2022. L’utilisation de la luminofluorescence pour une prise en charge optimale du cancer de la vessie devrait donc encore s’accentuer dans le futur.

Marion BOIS

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