Bloc augmenté : « Modifier notre rapport à l’erreur »

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Bloc augmenté : « Modifier notre rapport à l’erreur »

Une « boîte noire » au bloc opératoire ? Si l’idée a de quoi séduire, elle bouscule pour le moins le milieu chirurgical. Le Bloc augmenté permet de faire le constat suivant: l’erreur reste humaine. La traçabilité des actes peut apporter beaucoup aux professionnels de santé et aux patients, comme l’explique Éric Vibert, professeur de chirurgie digestive au Centre hépato-biliaire Paul Brousse (AP-HP).

Transformer les esprits

BOPA. Sous cet acronyme, se cache une nouvelle vision du bloc : le Bloc Opératoire Augmenté. Elle a d’ailleurs donné son nom à une Chaire d’innovation institutionnelle entre l’Assistance Publique des Hôpitaux de Paris (AP-HP) et l’Institut Mines Telecom (IMT), mise en place par professeur Eric Vibert. De plus en plus présente dans la littérature chirurgicale, cette nouvelle approche du bloc vise à révolutionner le « complexe de l’erreur » dans le cénacle des chirurgiens. « Nous devons absolument modifier notre rapport à l’erreur. L’opacité chirurgicale doit cesser », explique Pr Éric Vibert. Le chirurgien détaille un rapport parfois anachronique entre le « Maître » et son élève. Une relation qui a certes son intérêt mais qui est responsable de «nombreux biais cognitifs dans l’appréhension de la réalité (stress, charge mentale, relations humaines…) ».

L’idée est donc de proposer une approche plus objective, en conservant les images et les sons produits durant l’opération, le tout de manière certifiée et protégée. Cela rend possible pour chacun des acteurs de revenir sur ses interactions. Et en cas de problème peropératoire, « la boîte noire peut être ouverte et il va alors s’agir de l’explorer pour comprendre l’origine du dysfonctionnement ».

Vers un chirurgien augmenté

BOPA recourt au numérique pour produire une « intelligence non pas artificielle mais auxiliaire », afin d’améliorer la qualité des soins. Le chirurgien est augmenté par la vision (Blok-Viz), la communication (Blok-Bot) et la modélisation (Blok-Touch). Il utilise des objets ou des solutions développés par des start-ups puis testés et optimisés par des chirurgiens de l’AP-HP, des informaticiens de l’INRIA et des ingénieurs de l’IMT.

Côté vision, Blok-Viz propose un outil de captation du regard en chirurgie ouverte. Le chirurgien chausse pour cela des lunettes qui filment et suivent le regard du praticien, pour assurer une télé-expertise peropératoire. Le système mesure la charge cognitive et assure une vision par ordinateur des différentes phases opératoires. Il est même évoqué la possibilité pour le professionnel d’annoter les phases opératoires en les décrivant en temps réel afin que le système les enregistre.

Et en cas de doute, pourquoi pas recourir à un assistant vocal ? Un dispositif intelligent de capture audio et d’interaction vocale est développé par des chirurgiens de l’AP-HP (Dr Marc Antoine Allard et Pr Olivier Scatton). « En cas de question anatomique ou clinique, il sera ainsi possible d’obtenir une réponse contextuelle, mobilisable immédiatement par le chirurgien ».

Enfin, le troisième aspect, et non des moindres pour la profession : le toucher. Le Blok-Touch exploite un « jumeau numérique » de l’organe du patient, ayant les mêmes caractéristiques que l’organe réel. En préopératoire, cette fonctionnalité permettra de préparer les opérations délicates. Durant l’opération, cette image pourra se superposer à ce que voit le chirurgien, pour une meilleure appréhension des zones à risques. A terme, « elle sera intégrée dans de nouveaux types de robots, les Cobots ».

« En améliorant la pratique du chirurgien, on renforce la sécurité du patient et l’indice de confiance du bloc. Toutes les erreurs sont potentiellement des innovations mais pour cela, nous devons les observer pour les comprendre », résume ainsi Éric Vibert.

Marion BOIS

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