Limitation des solutés inutiles aux urgences


Par le Dr Arnaud Depil Duval , RSI Département des Urgences Sites d'Evreux et de Vernon Médecin principal (RC) Service de Santé des Armées.
Par le Dr Arnaud Depil Duval , RSI Département des Urgences Sites d’Evreux et de Vernon.
Médecin principal (RC) Service de Santé des Armées.

Le Centre Hospitalier Eure-Seine-Hôpital d’Evreux à mis en place un programme

       “Zéro garde-veine

Quels sont les bénéficies de cet ambitieux programme ?

Limiter les coûts de pharmacie, améliorer l’autonomie des patients, limiter la charge de travail pour le personnel soignant.

 

Limiter les injectables :

Notre philosophie est de limiter les coûts sans jamais nuire à l’efficacité du traitement et au confort du patient. Les produits parentéraux peuvent induire des surcoûts non négligeables sans apporter de bénéfices au patient ; ainsi s’il cela est généralement bien admis pour de nombreux antibiotiques, les inhibiteurs de la pompe à protons, ceux-ci représentent une prescription négligeable dans un service d’urgence.

intra-veineuseLe produit le plus prescrit dans un service d’urgence est certainement le paracétamol intra-veineux ; peu de soignants connaissent le coût de ce produit (dans notre hôpital, il est d’environ 1€50 auquel il faut ajouter 0€70 de tubulure sans robinet soit un coût total de 2€20). Or ce paracétamol IV est similaire au paracétamol per-os en termes de cinétique et d’efficacité (bien que le pic sérique soit inférieur pour le per-os). Ce d’autant plus que le paracétamol per-os peut être donné dès l’accueil par l’IOA tandis que la paracétamol IV nécessite l’installation en salle de soins et la pose d’une perfusion (plus de 15 minutes en étant rapide…).

paracetamolAux urgences d’Evreux, nous sommes passé d’un ratio IV/PO de 3,87 à 12,65(3137 dose de paracétamol IV en 2011 à 1338 tandis que le per-os passait 12.132à 16.932) ; ceci représente une économie de près de 4.000€/an…

Fort de cette expérience, nous avons décidé d’aller plus loin en limitant également les garde veines inutiles aux urgences…

Pourquoi limiter les garde veines ?

  1. Ça coûte cher : un pochon de sérum physiologique de 500 ml coûte 0€61 et une tubulure avec robinet 3 voies vaut 1€16. Au vu du nombre de garde veines posés dans un service d’urgence, cela commence à faire du chiffre !
  2. Provoque une perte d’autonomie du patient : se lever pour aller aux toilettes, aller se promener, sont des actions irréalisables sans pied à perfusion. Voire proposer au patient d’attendre ses résultats en salle d’attente où il pourra regarder le foot sans encombrer le couloir des urgences…
  3. Limiter la pénibilité du travail :
  • Temps consacré au changement des solutés
  • Temps consacré à rechercher LE pied à perfusion du service !
  • Manutention des solutés (livraison de la commande dans le service)
  • Changement de cathéter lors de l’obstruction
  • Manutention préparateurs
  • Manutention logistique

Quels outils ?

  • catheterCathéter veineux avec obturateur :
    Utilisé comme voie de « sécurité » ; pas de traitement IV prévu aux urgences : AVC, traitement per os possible, etc.

  • Cathéter veineux avec 
    site d’injection :
    catheter-site-injectionUtilisé pour des injections IV directes : titration opioïdes, OAP (furosémide), convulsions, injection d’adénosine, etc.
  • Cathéter veineux avec prolongateur et valve anti-retour :
    prolongateur-catheter-et-valve-anti-retourEn cas de perfusions itératives ne nécéssitant pas de remplissage et per os impossible : Antibiotiques (exemple : Ac. clav + amoxicilline toutes les 8 heures), AINS, etc.

 

Finalement, tout cela n’est que du Lean Management appliqué aux urgences : on limite les gâchis, on améliore la productivité et on améliore les conditions de travail (ce dernier aspect du lean est trop souvent oublié…)

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