Interview de Laurent Chambaud, directeur de l’EHESP


Dans le cadre de la 15ème édition des journées Télésanté du CATEL.

laurent-chambaudDirecteur de l’EHESP depuis deux ans, Laurent Chambaud est médecin de santé publique et ancien conseiller auprès de la ministre des affaires sociales et de la santé, Marisol Touraine. Dans le cadre de la 15ème édition des Journées TELESANTE du CATEL, le rendez-vous des acteurs de la Télésanté, il partage sa vision d’un système de santé plus « connecté ».

Selon vous, quel est l’ampleur du développement des nouvelles technologies d’information et de communication aujourd’hui ?

On assiste à une révolution technologique sans précédent dans tous les pays industrialisés et dans tous les domaines mais la santé est sans aucun doute un des secteurs les plus impactés. La télémédecine n’est pas un effet de mode ni une évolution ponctuelle, c’est un changement majeur du processus de soins. La France, où les expérimentations se multiplient, n’est pas en retard dans sa réflexion autour des nouveaux enjeux que pose la e-santé.

D’où vient cet engouement pour la télémédecine ?

Le secteur de la santé répond à la demande des populations, qui sont de plus en plus connectées. Les gens souhaitent aujourd’hui être suivis au plus près de chez eux. L’heure est aussi à la prévention, or la télémédecine, à travers le diagnostic et la prise en charge personnalisée à distance du malade, semble le meilleur moyen d’anticiper un incident.

Le remboursement des soins à distance par la sécurité sociale pourrait-il être la solution pour améliorer l’accès aux soins en zone rurale ?

Oui, c’est une solution parmi d’autres. A l’heure où notre système de santé est performant mais parfois inéquitable, l’essor de la télémédecine ou de la télésanté doit permettre un accès aux soins généralisé. Nos fondamentaux de « solidarité » doivent demeurer au cœur du processus car ce virage technologique est aussi un risque d’accentuer les fractures. La puissance publique doit imaginer un modèle économique qui puisse financer la télémédecine tout en intégrant ce principe de solidarité.

La télémédecine peut-elle générer des économies ?

Bien sûr, c’est l’un des objectifs du gouvernement à travers le projet de loi sur la santé de Marisol Touraine. Les hôpitaux sont aujourd’hui surchargés or les soins à distance limiteraient les coûts liés à l’hospitalisation et aux transports des personnes, tout en garantissant voire améliorant la qualité et la santé.

L’usage de ces nouvelles technologies ne risque-t-il pas de déshumaniser la médecine ?

Il est évident que les relations médecin/malade doivent perdurer. Il y a aujourd’hui une double demande des populations qui peut sembler paradoxale : premièrement le besoin de bénéficier des technologies de pointe et d’examens sophistiqués à travers la télémédecine et deuxièmement celui d’une proximité personnelle, d’un rapport humain avec son médecin, ou son équipe soignante . A l’EHESP, nous sensibilisons nos élèves et étudiants à cette double optique.

Quelle place accordez-vous à la question de la « sécurité » des données à l’EHESP ?

Les droits des usagers sont au cœur de la question. En accord avec les principes de la loi du 4 mars 2002 qui place les malades au cœur des débats publics liés à la santé, nous allons mettre en place avant la fin de l’année 2015 un Institut par la « Démocratie en santé ». Cet institut pourra recueillir les craintes associées à la télésurveillance et aux risques qu’implique la dématérialisation des informations.

Selon vous, à quoi devront ressembler les territoires de santé de demain ?

Il nous faut des territoires qui décloisonnent. Les élus locaux qui peuvent mener des actions de prévention, agir sur la fluidité des transports et l’implantation d’entreprises du secteur médical devront travailler en synergie avec les CHU et les personnels hospitaliers. La « vigilance » est le mot d’ordre à l’EHESP, les futurs dirigeants et hauts fonctionnaires doivent prendre garde à ne pas accentuer les fractures et les inégalités de santé.

* L’EHESP (Ecole des hautes études en santé publique) est, avec l’ENA et l’INET, l’une des trois grandes écoles françaises à former les hauts fonctionnaires de la fonction publique. Laurent Chambaud a été nommé Directeur par le Président de la République en date du 16 avril 2013.

Auteur : Jérémie CAZEAUX
Journaliste SIH Solutions

3727 Total Views 1 Views Today



3728 Total Views 2 Views Today